Une saison pour apprendre ... Témoignage de Daniel JUILLAGUET

Publié le par Jean Philippe PONTIER

"De la Grande odyssée, jusquà la Finnmarkslopet 500, mon team 2006 aura vu la progression de tout un groupe de yearling issus de mes meilleurs leaders et d'autres aux meilleures origines norvégiennes.
Ce groupe de 8 sur la Grande Odyssée, grâce à un entrainement avec une grosse part de traineau, s'est trouvé d'emblée très performant. Deux leaders ont émergé du team. D'autres pouvant être considérés comme leaders occasionnels.
Le souci avec autant de leaders est de gérer les énergies et les émotions exacerbées à cet âge.
Sur La Grande Odyssée, ma plus grosse satisfaction sera une 4ème place à Champéry,en ayant fait la plus grosse partie du parcours seul en tête, Lio seule avec sa mère devant tout le monde.
Gloire aux chiens donc sur une course où le musher a aussi son mot à dire. A condition de préparer son affaire durant toute l'inter saison.
Avis aux amateurs non avertis, La Grande Odyssée est une course sportive, sans équivalent dans le Monde. Des parcours parfois répétitifs mais dont les chiens sortent grandis, respectés en même temps qu'observés de près par un public que l'on ne trouve sur aucun autre évènement en Europe.
Un petit groupe de mushers disputaient la course, mais la qualité y était et surtout la solidarité et le respect mutuel, tout en conservant un côté combatif sur certaines étapes qui furent acharnées.
 
Donc mon objectif était atteint : avoir pu progresser avec ce groupe très jeune,sans aucune expérience en course.
 
Après cela l'enchainement Championnat d'Europe/Championnat de France fut moins glorieux. D'autant que pour des courses dites de distance, les longueurs laissaient plutôt à désirer. Comment envisager en effet d'être compétitifs après avoir enchaîné des 70 km en 4 à 5 heures et passer sur des 30 km très rapides.
Ce n'était certainement pas la meilleure préparation pour une Finnmarkslopet qui allait se révéler hors norme ou plutôt arctiquement correcte.
 
La Finnmarkslopet pour ceux qui ne connaîtraient pas encore se déroule au delà du cercle polaire arctique, à 100 km du Cap Nord entre plateaux et fleuves sur 2 parcours de 500 et 1000 km.
Je m'étais donc inscrit pour participer aux 1000 km qui se courent avec 14 chiens au départ dans le style Iditarod.
Avant de partir, il fallait déjà remplir les formalités sanitaires des chiens qui consistent en un test sérologique des anticorps du vaccin antirabique effectué selon un protocole très précis.
Sur mon groupe de chiens, après les résultats, je devais enlever 2 de mes meilleurs chiens. Je décidais donc plutôt que de renoncer de m'aligner sur les 500 avec un secret espoir de perf.
Après cela, il fallait vermifuger les chiens, dans les 10 jours avant et les 6 jours après le passage de la frontière.
 
Donc la route était prise et avec Cathy nous avons atteint Alta départ de la course après 4000 km de route.
Là notre acclimatation allait se révéler trop rapide. D'emblée,nous avons été exposés à du - 35, au cours d'un entrainement préparatoire qui allait me laisser des gelures aux doigts qui ne feraient que s'accentuer pendant la course. Pour un jurassien c'était blessant. Nous avions eu régulièrement décembre et janvier du -20 à -25°C,mais la différence se faisait encore au- delà.
Côté chiens je n'eus pas de problèmes mais beaucoup de chiens norvégiens allaient être sortis suite à des gelures ....du pénis.
Ma première partie de course allait bien se dérouler, j'effectuais les 115 premiers km en 8H,pour arriver à Skonganvarre où j'allais essayer vainement de me réchauffer avant de repartir après 6 h d'arrêt par -38° avec un vent sibérien dans le cou. Le prochain check point était situé à 90 km, à travers un enchaînement de plateaux désertiques et interminables où le rookie apprend le BAba de la FINNMARK. L'allure restait correcte puisque en ayant un chien embarqué, j'effectuais la distance en moins de 8 heures.
Mon timing était bon , sauf que j'allais être obligé de repartir avec 6 chiens,sans leader de rechange. Je reprenais 4 heures de repos, avant de m'attaquer au fleuve qui devait nous conduire 90 km plus loin à Karasjok.
Et dès le départ, j'entrevoyais la suite des évènements: mon grand Phil, leader au courage immense commençait à bégayer, se retourner. Puis il allait se mettre à manger de la neige, tout en tenant sa place, pour finalement vomir tout ce qu'il ingurgitait. Je n'avais pas vu cette déshydratation apparaître. Etait-ce l'effet des vermifuges?
Finalement, je dus le déplacer et le remplacer en tête par une autre yearling. J'avais alors LIO et DIDO filles de PHIL seules en tête.
Et l'attelage repris de la vitesse. J'essayais de l'évaluer.Je m'imaginais à 20 km:h,rattrapant tous les concurrents partis avant moi de Levajok pour foncer sur Karasjok.
L'abandon était sorti de ma tête, PHIL s'accrochait, THOR, EROS, MILES semblaient ne pas sentir la fatigue.
L'espoir renaissait dans ma tête, malgré le froid qui refaisait son apparition dans les Quarantièmes glaçants.
 
Les deux dernières heures allaient confirmer mon pressentiment, l'attelage se cherchait de nouveau, j'étais obligé de placer ma perle LIO seule en tête.
Devant le travail qu'avait fourni tout mon groupe de yearling  et notamment LIO, je ne pouvais que tirer mon chapeau. Et  au nom du respect de mes chiens, pour ne pas les contraindre, pour ne pas les gâcher, je jetais l'éponge où plutôt j'attrapais la couette à Karasjok.
Un jour peut-être, la Finnmark nous sourirait pour de vrai. Mais que de promesses dans cette course, parmi les aurores boréales une étoile avait brillé pour moi seul mais pour de vrai.
 
A tout ceux dont Jean Phillippe qui voudraient vivre cette expérience ... et félicitation à Benoit GERARD qui avec un team de Robert SOERIE finit le 1000 à la 10 ème place devant un Miguel Angel MARTINEZ réchauffé,15ème."
Daniel JUILLAGUET

Publié dans LES COURSES

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