LE RECIT DE JESSIE 2ème manche

Publié le par Stéphanie

Voici enfin pour tous les impatients le récit de la 2ème manche, de la victoire et de la fuite d'une "tortue" à travers Roissy !!! Pour info, les correspondances entre les unités anglo-saxonnes et nos unités sont les suivantes : pour les distances, 1 mile = 1.609 km et 1 yard = 0.9144 m ; pour l'altitude, 1 pied = 30.48 cm ; pour les masses, 1 livre (pound) = 0.45 Kg. J'ai essayé de faire les conversions directement dans le texte.

Après les récompenses et la cérémonie de clôture de la première manche, toutes les équipes avaient 2 jours pour se rendre sur les lieux de la seconde manche en Haute Maurienne Vanoise.  Tous les mushers et leurs handlers ont obtenu des appartements dans un petit village appelé Bramans.  Cette région des Alpes était tout à fait différente de la station de sports d'hiver d'Avoriaz.  J'ai vraiment aimé ce secteur.  Les villages étaient si sympathiques avec leurs maisons en pierre et c’était très amusant d’apprendre l’histoire des lieux. 

 

 

Pour cette seconde manche, il y avait plus de longues distances au programme. (...)  Nous avons commencé dans la ville de Lanslebourg et sommes passés par les villages de Bramans, de Bessans, de Bonneval, de Lanslevillard, et de Termignon.  Nous sommes aussi montés jusqu'à un grand lac appelé Le Col du Mont Cenis qui était absolument superbe !  Nous en avons fait le tour (ce qui nous a amené tout près de l’Italie) jusqu’à un point de contrôle appelé "Base Polaire" et tenu par le 13ème Bataillon de chasseurs alpins de l’armée française.  Wow !  Quel travail impressionnant ils font.  D'abord, ils ont porté tout notre matériel pour les chiens jusqu’en haut.  Ensuite ils avaient de la paille pour les chiens, de l'eau chaude pour les alimenter, de grandes tentes chauffées pour que les mushers puissent dormir, des masseurs pour les mushers et un merveilleux repas chaud pour tous.  Un vrai buffet ! Et tous les soldats étaient si gentils.  J'ai eu la chance de parler à certains d’entre eux qui parlaient anglais et j’ai vraiment apprécié.  Ils ont fait de cette course une vraie expérience pour moi.  Pendant ces 500 km nous avons eu le privilège de nous reposer à 3 reprises à cet endroit.  La vue sur le lac avec les sommets derrière était comme la cerise sur le gâteau! 

 

 

Le programme pour cette deuxième moitié était de courir 50 à 80 km, s’arrêter et se reposer pendant 7 à 9 heures, puis repartir.  Les chiens pouvaient bien se reposer et nous pouvions toujours les faire tourner sauf lorsque nous étions à la base polaire. Là l'équipe est restée la même.  Par bonheur, le parcours était un peu plus facile qu’à Avoriaz.  Il y avait quelques spots plats (vraiment!)  et le terrain en général n'était pas aussi raide.  Mis à part cette montagne …wow ! Vraiment raide.  Certaines parties du parcours étaient très ensoleillées et donc dures et verglacées avec des descentes abruptes et des virages pointus : du traîneau définitivement extrême ! Je m’en suis plûtot bien sortie et j’ai même fini par trouver ça amusant ! Vous pouvez me trouver folle mais j’ai bien dit « amusant ». Je suis même passée à un attelage de 10 chiens au lieu des 8 que j’avais au départ.

 

 

La dernière nuit de la course tandis que nous campions tous à la base polaire, il y a eu un grand orage.  Naturellement nous étions tous en haut à ce moment là, sans protection contre le vent et la neige.  Nous avions une visibilité d'environ 10 mètres.  Quelques snow machine ont essayé de traverser mais elles n’ont pas retrouvé la trace et ont du faire demi tour. Les organisateurs ont décidé de ne pas chronométrer l’étape et de faire redescendre toutes les équipes ensembles avant que l’orage n’empire. Une fois que nous avons su que nous ne serions pas chronométrés, plusieurs d’entre nous n’ont pas voulu attendre pour se mettre en route.  Je suis sortie, j’ai attelé les chiens et j’ai décollé.  J'étais la première équipe dehors alors il n’y avait aucune trace .  Il faisait sombre, il neigeait et le vent soufflait si fort que je ne pouvais même pas voir mon chien de tête.  J'avais 8 chiens et mes deux leaders étaient Leo et Spider.  Leo est mon meilleur leader par mauvais temps.  Il m'a déjà sortie de beaucoup de tempêtes auparavant, alors je lui ai simplement dit « OK Leo sortons nous de là" et nous sommes partis. Bien que je ne puisse pas le voir, j’avais totale confiance en lui pour nous sortir de cette montagne.  Peu de temps après, nous sommes arrivés sous le couvert des arbres et le vent n’était pas aussi mauvais.  Il y avait environ 30cm de neige fraîche sur le sol qui nous ralentissait mais je pense que les chiens appréciaient vraiment le changement. Je sais que les autres équipes ont quitté le camp peu après moi mais je ne les ai pas vu avant le check point.  J'ai mené toute l’étape et j’ai couru la plupart du chemin sans frontale.  Je savais que les chiens connaissaient le chemin alors nous avons profité d’un beau et paisible parcours dans l'obscurité.  Je même chanté un peu aux chiens et ils semblaient juste heureux de courir dans la neige profonde.  C’était comme s’ils comprenaient que nous n’étions pas chronométrés : ils n’avaient aucune pression et pouvaient se détendre et prendre du plaisir. Quelle nuit !

 

 

La dernière étape de la course devait faire environ 56 km et passer par la plupart des villages avant de finir dans Lanslebourg.  On m’a demandé d’embarquer des caméras sur mon traîneau.  Il y en avait une braquée sur les chiens et l’autre sur moi (je pense que l'objectif sur celle là s'est cassé).  Je n'ai toujours pas vu le résultat.  Ils ont filmé toute la course et ils voulaient un nouvel angle de vue pour leur film.  Il m’en faudra à tout prix une copie lorsqu’il sortira.

 

 

Après 700 km de courses et après avoir dominé 17 autres mushers de 8 pays différents, mes chiens ont passé la ligne d'arrivée en champions de l’édition 2005 de la Grande Odyssée !  Génial !  Il y avait du monde sur la ligne d'arrivée pour encourager toutes les équipes.  C’était vraiment chouette à voir.  Kuling, Spider, Leo, Sawyer, Judd, Maya, Slurp, Turtle, Bower, Dusty, Dottie, Kate, Aztec et Souix - vous êtes vraiment les MEILLEURS !  J'aime mes chiens... ils assurent !  Je dois également dire qu'une partie ÉNORME du succès de mon équipe revient au meilleur handler que j'ai jamais pris pour une course et c'était Brent SASS de Fairbanks, Alaska.  Il était impressionnant !  Il était toujours au top pour tout ce qui devait être fait, y compris les soins aux chiens et le maintient de mon traîneau en super état.  Les patins de mon traîneau étaient toujours fartés et prêts à partir.  J’ai vraiment eu une équipe de 1ère classe.  Merci à tous mes chiens, à Brent, et à tous ceux à la maison qui nous ont soutenus et encouragés ! 

 

 

C’était triste que la course se termine et de devoir remballer pour rentrer. Nous avons bourlingué en France avec toutes ces équipes sympas pendant 3 semaines.  C’était un peu comme une grande famille de déplacement.  J'ai appris à connaître certains mushers que je ne connaissais pas avant et j’ai vraiment apprécié leur compagnie.  J’ai foncé pour profiter une dernière fois de la vue et faire quelques emplettes avec Carol (l'épouse de Grant Beck, 3ème) et sa soeur, ainsi que Mary (l'épouse de Tim Hunt, 8ème).  Puis il y a eu la longue route de 10h depuis la Haute Maurienne Vanoise jusqu’à Paris en fourgons. Bien que nous y soyons arrivés très tard avec Brent, Grant, Carol et leur équipe nous n’avons pas pu résister à une excursion tourbillonnante dans Paris de nuit.  Il est impossible d’atterrir à Paris, de passer 3 semaines en France et de ne pas voir Paris !  A mon avis du moins.  Nous avons dîné dans un petit restaurant près de la tour Eiffel puis nous avons tourné pour voir le plus d’endroits possibles jusqu’à ne plus pouvoir garder les yeux ouverts (vers 3h du matin).  Merci beaucoup à nos amis parisiens d’avoir accepté de promener des fous de nords américains comme ça en pleine nuit dans Paris !

 

 

Le matin suivant nous avions tous rendez vous à l’aéroport pour le vol du retour.  Nous devions suivre un guide qui nous indiquait la route à suivre. Seul petit problème : c’était l’heure de pointe à Paris !  Les Français qui conduisent ressemblent à des morceaux de gâteau !  Ca aurait pu aller mais comme personne ne savait où aller et que nous essayions tous de suivre le guide, c’était complètement fou ! Les voitures me coupaient la route et j’allais perdre les autres fourgons de vue alors je me suis mise à devenir agressive et à couper moi aussi la route aux voitures. J’ai relevé un nouveau challenge et j’ai commencé à me régaler de conduire comme une folle ! Arrivés à l’aéroport les chiens et le matériel ont été embarqués sur un vol d'Air France Cargo pour 9h1/2 de trajet retour.  Après l’embarquement des chiens, tous les mushers et leurs handlers , excepté Tim Hunt, sa femme et John Schandelmeier qui embarquaient avec les chiens, sommes allés attraper notre propre vol.  Heureusement que Tim, Mary et John ont pris le vol cargo.  Lors de l’embarquement des chiens, l’une des cages est tombée, s’est ouverte et bien sûr vous l’avez deviné, il a fallu que ça arrive à l’un de mes chiens. Turtle s’est échappé et il était si effrayé par les gens et les avions qu’il s’est mis à courrir tout autour du tarmac. Normalement quand un chien se trouve sur le tarmac, il doit être abattu. Heureusement Tim, Mary et John étaient là.  Ils ont passé 2 à 3 heures à le poursuivre autour du tarmac.  Turtle craint un peu tout le monde hormis moi alors vous pouvez imaginer combien il était effrayé.  Plusieurs voitures étaient après lui, il y avait des avions qui décollaient.  Tim et John ont essayé de demander à tout le monde d’arrêter de le pourchasser car ça empirait les choses. Mais bien sûr, aucune des personnes qui courraient après Turtle ne parlaient anglais donc tout cela ne pouvait les mener nulle part … Finalement ils ont réussi à le diriger vers le bâtiment où étaient les autres chiens. Quand il les a vus, il s’est assis à côté d’eux et Tim a pu l’attraper. Dieu merci !  Je n'ai rien su de tout cela avant que les chiens n’arrivent à Chicago.  Parlez de quitter Paris avec une telle agitation ! 

 

 

Quoi qu'il en soit, nous sommes maintenant dans le Montana, prêts pour l’Iditarod.  Mon grand projet en ce moment est de m’approvisionner en nourriture et de prendre le bateau pour me rendre sur la course.  J'emporte habituellement autour de 1000 kg d'approvisionnement incluant tous les aliments pour chiens, les bottines, les médicaments, des vêtements supplémentaires, de la nourriture pour moi, le sac pour le traîneau.  Je vais avoir de longues sorties avec les chiens, je vais même faire un peu de camping pour bien les préparer. Il reste encore un mois avant le départ !  Je rentrerai probablement en Alaska vers le 22 février.  Il y a beaucoup à faire d’ici là. J’ai une totale confiance en mes chiens et il me tarde de les voir à l’oeuvre. Quel que soient nos résultats, je suis sûre qu’ils feront de leur mieux et c’est pour ça que quoi qu’il arrive, je serai toujours fière de mes chiens.

 

 

Merci à tout ceux qui nous ont aidé mon équipe et moi cette année. Nous n’aurions jamais pu faire tout ça sans l’aide des amis et de la famille. Ce fut une année pleine de succès alors « merci beaucoup », comme ils disent en France !  Bonnes ballades à tous !

 

 

Jessie et son équipe

 

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