15 DECEMBRE : LE CONSEIL DE MORTEN

Publié le par Sled Dog Montagne Noire

Hundekjøring 2015-3
Hundekjøring 2015-3

Hundekjøring 2015-3

Morten

Morten

Notre voisin musher Morten Paulsen ne vous est sans doute pas inconnu depuis sa participation à La Grande Odyssée, d'abord en 2013 comme handler de mon team puis en 2014 comme compétiteur et finisher de la grande Course ! Morten est un musher expérimenté qui a pas mal crapahuté dans les montagnes d'ici. Après la catastrophique Femund de 2015 annulée suite aux intempéries, il s'est improvisé journaliste pour faire profiter les lecteurs du magasine "Hundekjøring" de son expérience concernant les sacs de tempête Jerven qui font partie du matériel obligatoire à emporter sur la plupart des courses de longue distance en Scandinavie. Cet article étant complet et astucieux et je me suis dis qu'il serait utile à tous et en particulier à tous les mushers français souhaitant venir affronter les tempêtes norvégiennes en traîneau. Je vous en livre donc une traduction maison ! Bonne chance à tous pour les préparatifs et les courses à venir et merci à Morten pour ce partage d'expérience très utile. Bonne lecture et bon anniversaire à Morten qui le fête justement aujourd'hui ! Gratulerer med dagen !

 

Traduction de l’article de Morten Paulsen dans Hundekjoring 3-2015

La couverture de tempête peut vous sauver la vie.

« Dans un Jerven Extrême, j’affirme qu’il est pratiquement impossible de mourir gelé »

Lors de la Femundløpet cette année (2015), les couvertures de tempêtes sont véritablement entrées en pleine lumière. Ce n’est pas la première fois que les musher ont dû se réfugier dans leurs sacs de tempête et ce ne sera sans doute pas la dernière. Mais la course de cette année en a fait réfléchir beaucoup, en particulier au sujet de la sécurité et sur la nécessité de maîtriser l’utilisation du matériel obligatoire. 4 adolescents coincés pendant près de 20 heures là-haut sous Narskaftet dans des conditions de météo déplorables ont fait que le plus important pour cette course cette année-là n’était pas le sport mais la capacité à survivre à des conditions hivernales extrêmes. Tous s’en sont sortis sans dommages physiques et ils peuvent remercier leur sac de tempête de ce qu’en dépit de tout, cela s’est bien terminé.

Inchangés depuis 1982

Cela fait plus de 30 ans qu’Audun Melkeråen de Odda eut l’idée de fabriquer une simple toile coupe-vent avec des fermetures éclairs, des ouvertures et une couche d’aluminium à l’intérieur. La toute première couverture d’origine est encore produite aujourd’hui. Le nom a été changé pour Jerven après que d’autres aient commencé à utiliser le nom « couverture de montagne ». Les tissus, la couche d’aluminium et les motifs de camouflage ont été développés et améliorés de nombreuses fois. Mais le design en lui-même et toutes les solutions pratiques sont inchangées. L’armée norvégienne a utilisé le sac depuis le début des années 90 et 7 des produits de Jerven sont homologués par l’OTAN pour l’utilisation militaire. Il y a une couverture Jerven emballée sous vide sous le siège éjectable de tous les avions de chasse F16 et le drone 330 a la couverture sur sa liste de matériel de base. La liste des utilisateurs de la couverture dans le secteur public est longue. Les armées de l’air canadienne et danoise, les sauveteurs en montagne suisses et norvégiens, la préfecture du Svalbard et la Croix rouge en font partie. La couverture Jerven a été reconnue meilleure par les tests du Sintef en 1997 et les résultats des tests sont disponibles sur Internet. Le responsable de ces tests, Jonny Hisdal, physiologiste et aujourd’hui employé à l’hôpital universitaire d’Oslo le résume ainsi : « Dans un Jerven extrême il est impossible en pratique de mourir de froid »

Choisissez la couverture Extrême

Il y a plusieurs types de sacs de tempête sur le marché. Je n’écris là qu’à propos de Jerven car je ne connais pas les autres. Jerven ne sponsorise personne, et donc pas moi non plus. Nombreux sont ceux qui ont essayé, même parmi les mushers mais si tu veux un sac Jerven, il te faut l’acheter, qui que tu sois ou quel que soit ton nom.

« Nous ne sponsorisons personne » confirme Jarle Skogheim, le gérant de l’entreprise Jerven AS.

Quel est le meilleur sac de tempête pour notre usage et est-ce que la tente est aussi bien ?

Il y a 2 produits qui ont été utilisés en course depuis des années. Le modèle Thermo est désormais celui qui est obligatoire. C’est celui qui pèse 1200g. L’autre qui était sur la liste de matériel obligatoire depuis des années est la Thermo extrême qui pèse 2000g. Pourquoi  il a été choisi de valider une couverture plus légère et selon moi moins bonne pour l’usage destiné, je ne sais pas. J’ai essayé les 2 modèles en conditions difficiles et mon expérience m’a appris que le modèle Extrême est un meilleur choix. Je ne peux pas dire non plus si c’est la différence de poids qui a orienté le changement de modèle de référence mais 800g équivaut à environ 4 snacks donc c’est une différence de poids qui n’est vraiment pas significative par rapport à tout ce que nous emportons avec nous dans le traîneau.

Mon sac de tempête est mon assurance vie si je suis obligé de m’en servir dans le mauvais temps, que ce soit en course ou lors des entraînements en montagne. Mon choix est donc simple, je choisis le modèle extrême et le mien est de couleur orange fluo pour être vu.

Au sujet des tentes

La liste de matériel obligatoire te donne le choix entre la tente ou le sac de tempête. Personnellement je pense que la tente est clairement inutilisable en montagne, l’hiver lors d’une course de traineau. Tu ne t’arrêtes en général que si tu y es obligé et donc par définition tu te trouves à l’endroit où ça souffle le plus. Monter une tente dans ces conditions est pour la plupart très difficile et la tente ne te procurera aucune chaleur, au contraire du sac de tempête-il capture l’air à l’intérieur et tu le réchauffes ensuite avec ta propre chaleur corporelle. Et en plus tu es installé à l’intérieur de ton sac de tempête en moins de 2 minutes ! Je cois que nous pouvons nous réjouir que les adolescents qui se sont retrouvés bloqués par la météo sous Narskaftet n’aient pas eu avec eux une tente plutôt qu’un sac de tempête.

Améliorations

Je vis en altitude sous Hummelfjell et je suis obligé d’aller en montagne si je veux m’entraîner. J’ai eu ma dose de mauvais temps et passé du temps dans mon sac de tempête depuis toutes ces années, autant à la chasse qu’en entraînement avec mes chiens. J’ai appris quelques astuces au cours de toutes ces années qui seront sans doute utiles à certains.

Il est important de préparer le sac avant le départ en fermant les fermetures éclair. Tu ne peux pas être planté là au milieu de la montagne en folie à essayer de fermer une fermeture éclair en plein vent, tu dois être préparé et avoir tout de prêt. Laisses une ouverture pour les pieds de façon à pouvoir faire glisser le sac par dessus ta tête plus facilement. Fixe une corde à l’une des agrafes du côté de la tête et attaches l’autre extrémité de cette corde solidement à ton traîneau, par exemple au niveau du guidon. La corde doit être suffisamment longue pour que tu puisses t’allonger à l’abri du traîneau -1.5 à 2m- ainsi tu es sûr que le sac ne sera pas emporté par le vent si tu le lâches au moment de le déballer. Ce peut être une bonne idée d’utiliser du scotch Gaffa pour boucher les ouvertures au niveau des agrafes afin que le moins de neige possible puisse rentrer dans le sac. J’ai l’habitude de glisser dans le sac de tempête un sachet contenant des chaufferettes pour les mains ou le corps, des allumettes, du chocolat, des fruits secs, des chewing-gums et des bonbons. C’est bien d’avoir un peu de luxe et ça ne pèse rien. Dans le même sachet, je glisse une bougie en bocal et un bâton de signalisation. Le bâton de signalisation obligatoire que j'ai dans la veste, je le casse et le fixe à mon traîneau avant de rentrer dans le sac. Cela me permettra d’être vu si quelqu’un me cherche et pourra m’éviter d’être écrasé par un scooter ou par un autre équipage.

Je fixe le sachet au sac de tempête avec une cordelette dans l’autre agrafe au niveau de la tête de façon à ce qu’il soit suspendu à l’intérieur du sac de tempête et soit facilement accessible. La raison pour laquelle je veux avoir tout ce dont j’ai besoin prêt dans le sac est que cela m’évite de farfouiller dans mon traîneau en prenant le risque de mettre le bazar et que mes affaires s’envolent avec le vent. De plus cela m’évite de remplir mon sac à traîneau de neige. C’est aussi la raison pour laquelle je préfère ne pas me coucher dans mon sac à traîneau. Si je voulais le faire je devrais sortir mes affaires et le risque de perdre quelque chose serait alors très grand. Je conseille également de glisser un tapis de sol dans le sac de tempête. J’ai découpé le mien à 1 mètre et cela me permet de réduire la perte de chaleur par en dessous. Maintenant tout ce dont j’ai besoin est prêt et si je dois me réfugier dans le sac de tempête en raison du mauvais temps, je serais relativement confortable, je pourrais manger des bonbons en philosophant sur le fait de me trouver un nouveau hobby …

Utilisation de bougies dans le sac de tempête

Ceci est un conseil qui circule sur les forums sur Internet. Je ne conseillerais pas à quiconque d’utiliser une bougie en bocal dans son sac de tempête  mais comme nous sommes nombreux- moi y compris - à le faire, je vais vous donner un avertissement : les couvertures de montagne brûlent très bien donc dans ce domaine, vous devez être prudents et surtout utiliser votre tête. N’utilisez la bougie qu’en cas de nécessité, si vous devez par exemple vous réchauffer, et ne la laissez pas brûler trop longtemps à la fois.

Un dernier conseil pour finir

Si vous avez quelques couvertures de montagne non fourrées en supplément pour les checkpoints, il y rentre facilement 4 chiens, soit 2 couvertures pour un team de 8 chiens. Et vous pouvez sans crainte fermer la fermeture éclair, ils auront assez d’air !

« Tu dois être préparé à dormir dehors, tu dois pouvoir ne compter que sur toi-même. Tu ne peux pas t’attendre à ce que des volontaires viennent te sauver. Si tu ne peux pas t’en sortir tout seul, alors tu n’as rien à faire là. Ce n’est pas aux organisateurs de course de s’assurer que tu as les capacités nécessaires. C’est ta responsabilité ! » Jason Mackey interviewé après Iditarod cette année.

 

 

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